Une psychothérapie intégrative : qu’est-ce que c’est ?

Ma pratique est orientée vers une approche intégrative : quand je reçois un patient pour la première fois, je lui dis que je le reçois en tant que personne avec un mental, un psychisme mais aussi avec un corps et des émotions.

un tout intégré

Pour moi une psychothérapie intégrative se fixe pour but de résoudre les difficultés d’une personne en travaillant celles-ci dans toutes les couches où elles s’inscrivent : dans le corps physique, dans l’émotionnel et dans le mental. Aucun dysfonctionnement psychique ne saurait exister par « l’opération du saint esprit », il s’incarne toujours dans un substrat physique sous-jacent – le corps physiologique – qui le matérialise, qu’il s’agisse de neurones, de muscles, d’organes ou de tout autre tissu : ces 100 mille milliards de cellules organisées en un tout intégré et qui font de lui un être humain.


Dans l’analyse bioénergétique il y a un travail analytique à partir de l’échange verbal : amener le patient à comprendre sa propre histoire et notamment ce qui dans son histoire est à l’origine des difficultés dont il souffre aujourd’hui. Comprendre pourquoi et comment des dysfonctionnements se sont créés puis structurés en lui, comment ils se manifestent aujourd’hui et comment les résoudre et les dépasser. Comprendre, c’est bien ! C’est même indispensable pour les humains que nous sommes et qui avons besoin de donner du sens aux choses et bien sûr d’abord à notre propre vie.
Mais souvent on a compris et pour autant rien ne change ! Ma conviction mais aussi mon observation, c’est que pour que les choses changent, il faut s’attacher à « réorganiser » ce qui a besoin de l’être au niveau sous-jacent du corps et des émotions. Dans une thérapie psychocorporelle, il y a donc aussi un travail corporel et émotionnel qui a pour visée cette réorganisation au niveau tonico-émotionnel. Ainsi un véritable changement pourra prendre forme de façon durable.


Dans l’EMDR il n’y a pas de travail corporel, pas de travail émotionnel proprement dit, pas d’échange verbal consistant pour élaborer, et pourtant ça marche !
Que se passe-t’il alors ? Faire bouger les yeux de nos patients provoque des stimuli qui vont remonter jusqu’au cerveau via la chaîne sensitive, activant alternativement les hémisphères droit et gauche du cerveau, ce que nous appelons « stimulations bilatérales alternées ». Cela remet le cerveau au travail sur les épisodes traumatiques non intégrés que l’on se propose de traiter.
A l’observation, le processus de traitement de l’information mis en œuvre dans la thérapie EMDR provoque bien un travail de la personne dans sa globalité, dans toutes ses dimensions : les mouvements du corps et les sensations perçus attestent bien de processus à l’œuvre au niveau du corps physiologique lui-même et du cerveau reptilien ; les affects ressentis, souvent exprimés, parfois juste détectés dans un changement des traits du visage, prouvent bien l’existence d’un traitement émotionnel au niveau du système limbique. Et les images ou les pensées induisent la présence d’un travail mental en cours au niveau du cortex.
Comme dans les thérapies psychocorporelles, toutes les dimensions de la personne sont impliquées dans le travail thérapeutique et suggèrent que les trois cerveaux (reptilien, émotionnel, cortical) travaillent en même temps et de concert à la « digestion » du traumatisme, permettant dès lors son intégration dans la personne et reléguant ainsi le souvenir traumatique à un souvenir comme un autre. Ce traumatisme dès lors vidé de sa charge tonico-émotionnelle peut ensuite prendre un sens adéquat dans l’histoire du patient. Les perturbations ont disparu et le patient peut alors dire : « ça a eu lieu mais aujourd’hui ça ne me fait plus rien ». Bref, voilà notre évènement traumatique archivé comme le serait un dossier qui ne sert plus dans le présent mais que l’on conserve au cas où. Et c’est bien le fait que l’EMDR active un traitement dans toutes les couches où le traumatisme est inscrit qui rend possible la réorganisation de chacune de ces strates et permet l’intégration de l’évènement traumatique. L’EMDR est bien pour moi une thérapie intégrative, ce caractère intégratif lui conférant toute son efficacité en permettant un véritable changement de la personne.

Ma conclusion : En dehors des traumatismes simples, dans toute pathologie névrotique (traumatismes complexes) une thérapie intégrative implique pour moi un travail analytique pour comprendre, un travail émotionnel pour libérer les émotions refoulées et réapprendre à les exprimer de façon appropriée mais aussi un travail cognitif et comportemental pour rétablir un fonctionnement sain. Chaque orientation thérapeutique tend à prioriser tel ou tel aspect du travail, tantôt le travail analytique, tantôt le travail émotionnel, tantôt le réapprentissage des cognitions et des comportements.

Toutes ces orientations sont nécessaires et c’est donc bien leur prise en compte ensemble par le thérapeute qui signe une thérapie intégrative.

Pour ma part, je n’oppose pas une orientation à une autre, toutes ont leur place et il n’y a pas une orientation thérapeutique qui serait plus performante qu’une autre puisqu’elles ont chacune une visée différente – tout au plus pourrait-on dire qu’une approche semble plus appropriée qu’une autre suivant le moment où le patient se situe dans le déroulement de sa thérapie. Toutes ces orientations sont nécessaires et c’est donc bien leur prise en compte ensemble par le thérapeute qui signe une thérapie intégrative. Car, comment espérer guérir d’un traumatisme si on ne le purge pas de sa charge émotionnelle toujours retenue ? Comment le dépasser si on ne le comprend pas et si on ne permet pas qu’il prenne toute sa place et tout son sens dans la représentation de nous-même et du monde ?

Et comment pérenniser un changement si on ne rectifie pas durablement des schémas comportementaux inappropriés ou des croyances toxiques. Car souvent ces croyances et ces comportements  inadaptés nous ont accompagnés depuis longtemps, parfois même depuis l’enfance. Et même si la cause qui les a initiés n’existe plus, même si le système émotionnel désormais purgé ne les alimente plus, même si on a élaboré mentalement ce qui en est à l’origine, il n’empêche qu’ils continuent à survivre en nous comme des habitudes bien installées. Ils continuent également à subsister comme garant d’une sécurité et d’un équilibre énergétique, auxquels on s’est d’autant mieux accoutumé qu’ils nous ont permis de survivre jusque-là. C’est donc bien un travail cognitif et comportemental qui va être le mieux à même de nous aider à construire de nouveaux schémas cognitifs et comportementaux et de les inscrire durablement en nous.
Voilà pourquoi il me semble vain et réducteur d’opposer les orientations thérapeutiques les unes aux autres puisqu’au contraire, en se complétant, elles confèrent une synergie au travail thérapeutique. Chacune répondant à un besoin différent : besoin de comprendre et donner du sens, besoin de rétablir un système émotionnel sain, besoin de remettre en place de nouveaux schémas de comportements et de pensées moins coûteux énergétiquement et plus justes en rapport à notre environnement présent. Prendre en compte ensemble ces besoins bien présents à des degrés divers dans toute transformation du patient, me paraît être un gage d’efficacité pour toute thérapie.